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La fin d’Epopia – entre espoirs et désillusions

La société qui porte Epopia, malgré un projet d’utilité générale, connaît de grandes difficultés financières et vient finalement d’être mise en liquidation judiciaire par le tribunal de Strasbourg. Après vous avoir exposé, dans mon précédent article, un aperçu de nos valeurs et de nos combats pour les enfants avec Epopia (imagination libre, confiance en soit, entrée en lecture et en écriture, apprentissage du temps long, protection contre le marketing…), j’aimerais vous donner un aperçu de ce que nous avons mis en œuvre, au fil des années, pour trouver un équilibre financier et essayer de faire perdurer cette belle aventure.

Epopia, le jeu qui donne envie de lire aux 5-10 ans !

Epopia transmet le plaisir de la lecture et de l’écriture aux enfants de 5 à 10 ans. Découvrez ce jeu littéraire qui a déjà fait lire et écrire avec passion plusieurs dizaines de milliers d’enfants dans le monde entier !

Je découvre le concept !

Je suis Rémy Perla, papa de 2 enfants, entrepreneur depuis 10 ans et créateur d’Epopia. Bien que cette aventure aux multiples rebondissements rocambolesques puisse faire l’objet d’une série Netflix palpitante, je vais essayer de vous en résumer les grandes lignes. Voici donc en résumé, mon propos :

  • Comment Epopia est né et a rencontré le succès
  • Comment Epopia a jonglé entre doutes et espoirs
  • Comment Epopia est devenu nécessaire durant la crise mondiale
  • Comment Epopia a pivoté et a survécu dans la crise économique
  • Comment Epopia se meure et essaie de le gérer au mieux
  • Ce qu’il survivra d’Epopia

2010 – 2015 : La genèse d’Epopia

Le projet Epopia, initialement nommé « Rêve aux Lettres » voit le jour dans mon esprit fin 2010 en réfléchissant à la manière dont l’imagination pouvait aider nos enfants à surmonter les difficultés et à prendre confiance en eux. C’est en mixant mon expérience d’animateur de colonies (BAFA) et de maître du jeu dans des jeux de rôle, que j’imagine le concept d’Epopia : un jeu de rôle par échange de courrier postale, dans lequel les enfants sont les héros et choisissent comment évolue leur histoire en répondant par écrit. Par la suite, montant rapidement en expertise sur la dimension pédagogique, j’ai fait d’Epopia un outil pédagogique de premier plan, utilisé aussi bien dans les familles que par de nombreuses écoles.

La campagne de crowdfunding lancée en 2013

Suite à ma participation à un Startup Weekend organisé par Alsace Digital fin 2012, je me lance concrètement dans l’aventure. Accompagné de mes nouveaux cofondateurs, Geoffroy Planquart, Pierre Nuss, Baptiste Perille et Corentin Mager, nous travaillions de longs mois à la création d’Epopia, de sa première aventure, comme du logiciel LIREC permettant de donner vie au produit. Entré en incubation à Semia et à Enov-Campus, dès l’été 2013, je fais le grand saut et démissionne de mon travail pour me consacrer à plein temps à ce projet. Après une campagne de crowdfunding compliquée mais officiellement réussie fin 2013, la société est créée en 2014 avec le soutien de la BPI, d’Alsace Active et du CIC. Après deux phases de tests avec de véritables enfants, les aventures Epopia voient enfin le jour en septembre 2014 et font rapidement parler d’elles. Dès Noël 2014, nous sommes mis en avant dans plusieurs médias en ligne et nous pouvons valider auprès de nos 400 premiers clients que le projet est pertinent et qu’il plaît aux enfants comme aux parents.

S’ensuit une année 2015 à enchaîner les évolutions afin de faire décoller nos chiffres et d’atteindre la rentabilité : le Graal des sociétés si rarement atteint par les startups. Nouvelle histoire, nouveau site, nouvelle image, participation à des salons, campagne de communication vers les écoles, rien n’y fait, les chiffres ne décollent pas et les caisses se vident. Dans un dernier élan désespéré, en octobre 2015, nous initions une nouvelle campagne de crowdfunding vers les USA en mettant nos derniers moyens et notre dernière énergie dans cette bataille. Nous jouons notre va-tout sur cette campagne et c’est un énorme échec ! Néanmoins, elle nous permet d’obtenir de bons retours presse en France, publications sur lesquels nous essayons de capitaliser avec des campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux durant la période de Noël 2015… et là c’est le grand BOUM ! En 4 mois, nous passons de 1 000 clients à 12 000 clients !!!! Le truc de dingue !

Comparatif du volume de vente 2014 et 2015

2016 – 2018 : De la gestion de la croissance à la stagnation

Ça y est, preuve est faite qu’Epopia a un public nombreux et qu’il peut trouver un équilibre financier, mais de nouvelles difficultés font leur apparition : comment, avec un produit physique et sans trésorerie, servir si rapidement 12 fois plus de clients ? C’est donc une véritable course qui démarre pour recruter, constituer des stocks, se financer, améliorer notre logiciel et organiser un support logistique avec un ESAT, l’Association des Paralysés de France – Entreprise Alsace. Rapidement, l’équipe grandit jusqu’à 16 collègues et de nouveaux projets ambitieux voient le jour pour amener Epopia à un niveau encore supérieur.

 

Pendant 1 an, nous partons dans tous les sens, nous ré-imaginons le produit, explorons de nouveaux marchés, créons de nouvelles aventures, testons de nouveaux canaux de communication, changeons à nouveau le site, refondons à nouveau notre image pour devenir finalement « Epopia »… et les ventes se poursuivent mais sans nouveau décollage. Malgré tous nos investissements, il semble que nous nous heurtons à un véritable plafond de verre : impossible de dépasser les 12 000 abonnés annuels.

 

Débordant d’idées et d’énergie nous recommençons à nouveau tout en 2017 :ré-écrire nos premières histoires, chercher à développer le marché BtoB, mettre en place une stratégie SEO, lancer une offre pour les écoles, participer à de grands salons, animer une chaîne Youtube avec des séries et des lives hebdomadaires, obtenir 2 médailles d’or au concours Lépine,  animer des conférences sur l’éducation, proposer une offre premium,… mais toujours rien ne frémit dans nos courbes ; le plafond de verre est dur comme un mur de béton.

A force d’investir dans une croissance qui ne vient pas, fin 2017, de nouveau l’urgence financière se fait sentir. Tous les parents que l’on rencontre veulent immédiatement abonner leurs enfants mais tous s’étonnent de n’avoir jamais entendu parler d’un projet aussi original qu’Epopia. Le public est donc là, à nous attendre, mais il ne nous connaît pas encore. Soutenus par la BPI et la région Grand Est, nous décidons alors de nous lancer dans la grande aventure de la levée de fonds en rencontrant  de nombreux fonds d’investissements, fonds de Business Angels ou fonds d’entreprises de notre écosystème, afin de réussir à financer un plan de développement ambitieux qui allait nous permettre de décoller enfin “vers d’autres cieuuuux”. Les grandes lignes de notre plan : développer des aventures sous licence en prolongeant des univers déjà connus et appréciés des enfants, percer en diffusant des publicités à la télé et faire évoluer notre business model vers un abonnement classique plus lisible pour conserver nos clients dans la durée.

2019 : De la levée de fond à la crise mondiale

Après plus d’un an d’aller-retours incessants entre Strasbourg et Paris, nous réussissons enfin à finaliser cette première levée de fonds en décembre 2018 : 1 Million d’Euros entrent dans nos caisses en échange d’une partie de la société. De plus, nous recevons des soutiens financiers de plusieurs acteurs majeurs : la BPI, la Caisse d’Epargne, le CIC ou encore la SODIV. Avec ces fonds, nous agrandissons encore l’équipe jusqu’à atteindre 25 personnes, nous déménageons de la pépinière d’entreprise animée par l’Eurométropole de Strasbourg vers de nouveaux locaux en centre-ville et nous nous structurons, mais surtout nous exécutons tout ce qui avait été annoncé et promis.

L’équipe et les investisseurs le jour de la signature à la levée de fonds

En effet, au terme de 9 mois particulièrement intenses et stimulants, en septembre 2019, toutes les planètes sont alignées : en partenariat avec TF1, deux nouvelles histoires sous licence sont commercialisées, un spot publicitaire est diffusé sur les chaînes de la TNT et un nouveau Business Model d’abonnement mensualisé entre en fonctionnement. Ainsi, au terme d’une année d’exécution exemplaire, nous pouvons enfin cueillir les fruits de notre persévérance et, comme vous vous en doutez maintenant, le résultat est de nouveau un échec complet !

La campagne publicitaire télé n’apporte aucun résultat, les nouvelles histoires n’attirent pas de nouveaux abonnés et seul le changement de Business Model, déclenché de manière accélérée nous permet d’enregistrer finalement une progression de nos chiffres. Dans ces circonstances, il nous faut revoir à nouveau notre copie en profondeur. Alors que notre canal d’acquisition historique, Facebook, voit ses chiffres s’effondrer, alors que la RGPD rend caduque des centaines de milliers d’email de nos prospects, il nous faut nous réinventer une nouvelle fois…. encore.

Nous démarrons donc 2019 en remettant le concept d’Epopia sur le grill avec le lancement de dizaines de tests d’amélioration un peu partout dans le produit afin d’augmenter encore la satisfaction et la rétention client. Dans le même temps, une nouvelle stratégie marketing foisonnante est mise sur pied, reposant sur des piliers de contenus pertinents pour notre public. En parallèle, les deux années de travail en profondeur sur le SEO commencent à porter leurs fruits avec des chiffres de visite de notre blog qui explosent. Dans la nombreuse moisson des prix remportés par Epopia (allant du prix de la Tribune et de la BNP jusqu’au prix Blue Ocean et aux médailles d’or du Concours Lépine), nous sommes lauréat du meilleur produit sous licence de l’année. Et c’est dans cette situation très contrastée mais toujours financièrement délicate qu’explose une crise mondiale : le COVID !

2020 : Sauver la France puis sauver le monde !

A ce moment précis de l’histoire, alors que nous sommes en quête d’une entreprise aux épaules suffisamment larges pour venir investir de manière durable dans un produit aussi magique qu’Epopia, trois événements viennent se télescoper : notre prix du meilleur produit sous licence attire l’attention d’un grand studio franco-américain qui nous propose de mettre en place un partenariat stratégique pour développer Epopia aux USA et dans le monde avec leurs licences de dessins-animés. Dans le même temps, la crise du Covid, entraînant la fermeture des écoles, jette dans le désarroi des milliers d’enseignants et des millions de parents. Depuis deux ans, nous avions constitué un énorme fond de fiches pédagogiques dans le cadre de notre stratégie SEO. En mars 2020, 48h après l’annonce du Président Macron, nous publions un guide complet pour organiser l’école à la maison et partageons librement l’ensemble de notre fond documentaire et pédagogique. En quelques semaines, ces contenus sont téléchargés des centaines de milliers de fois et utilisés par de nombreux enseignants et parents comme ressource principale pour organiser l’école à distance.

Ce confinement inédit a également la particularité de faire exploser la demande du public pour les solutions de visio-conférence et pour les outils pédagogiques à distance. Grâce aux équipes de La Poste et de l’APF qui essaient de maintenir leurs services, Epopia peut poursuivre son activité postale durant ces long mois de crises et ainsi répondre à ce besoin impérieux des familles françaises. Ainsi, fin 2020, et dans les circonstances extraordinaires du confinement total de la France durant l’année, nous réussissons à briser notre plafond de verre et à atteindre un nouveau record de 15 000 abonnés.

Toujours alternant des périodes de confinements, les frontières internationales étant complètement fermées, nous signons l’entrée dans notre capital du studio franco-américain  et nous nous organisons pour publier et commercialiser une première aventure Epopia sous leur licence aux USA et ainsi démultiplier notre taille du marché pour échapper à notre inexorable plafond de verre français. En effet, contre un tiers des parts de notre société, nous obtenons des droits de licences dans le monde entier et un soutien marketing important permettant d’accélérer notre pénétration du marché américain. La constitution d’une chaîne logistique aux USA sans pouvoir y mettre les pieds est un challenge majeur, encore une fois remporté haut la main par notre équipe, tout comme l’adaptation du produit et de notre structure logicielle. Ainsi, en juin 2021, après un an de travail et quelques déboires, nous lançons officiellement Epopia aux USA.

La vidéo de lancement sur Instagram vue 1M de fois à travers le monde

2021 : Un nouvel échec puis un pivot inattendu

Ce lancement est un grand moment dans la vie d’Epopia, mais aussi sûrement le début d’une douloureuse descente aux enfers. Tous les relais marketing prévus aux USA sont, contre notre volonté, finalement concentrés en un seul gros lancement et restent sans effet : nous attendons 10 000 nouveaux abonnés mais les ventes ne décollent pas et font pshiiit. Dans le même temps, la réorganisation pour les USA a fortement impacté le marché français en imposant un changement de structure informatique qui se révèle catastrophique : le système d’abonnement ne fonctionne plus, il y a pléthore de soucis avec les paiements et les prélèvements. En quelques mois, nous perdons la plupart de nos contrats récurrents.

Refusant toujours de baisser les bras, nous faisons pivoter le marketing américain à plusieurs reprises, sans aucun résultat. Nous refondons également notre infrastructure logicielle jusqu’à enfin atteindre une situation pacifiée en France. En parallèle, nous lançons une nouvelle histoire Epopia ainsi que nos aventures de Noël dans lesquelles les enfants aident le père Noël à sauver Noël tout en échangeant réellement avec lui. Si nos efforts sont couronnés de succès, rien ne permet de remonter la pente et nos chiffres fin 2021 poursuivent leur baisse.

Nos aventures de Noël en français et en anglais

Début 2022, nous avons conscience de ne plus pouvoir tenir ainsi très longtemps, et avant la fin de l’année, nous risquons clairement de mettre la clé sous la porte. Notre studio associé propose alors de nous confier une nouvelle licence pour aider à remonter nos chiffres et à  financer dans la durée la reprise de l’activité d’Epopia. Il nous propose donc de développer et de commercialiser un jeu de cartes à collectionner, comme les cartes Pokemon, sur sa licence phare, un dessin animé à succès qui passe à la télé dans le monde entier. Il faut se rendre compte de l’importance des montants brassés par l’industrie des trading cards et, avec la licence qui nous est confiée, on nous promet des dizaines de millions de résultats en très peu de temps. Sur cette impulsion, nous nous réinventons en studio de création de jeu et, en quelque mois, nous sortons plusieurs versions d’un jeu complet de plus de 200 cartes, comprenant des cartes thermo-réactives ainsi qu’une panoplie de concepts pour les 5 collections suivantes.

 

En parallèle, nous initions un nouveau projet en collaborations avec un grand titre de la presse jeunesse pour créer ensemble une nouvelle aventure Epopia à destination des écoles : une aventure spécialement pensée pour répondre au problème criant de l’éducation aux médias, pour comprendre comment se crée l’information, comment et pourquoi certains la manipule et comment conserver un esprit critique concernant les sources. En cette période post-Trump et post-Brexit qui normalise les outrances et les contres-vérités, ce projet tient particulièrement à cœur à toute l’équipe. Elle se démène donc pour que cette histoire puisse voir le jour avant l’été et puisse commencer à être utilisée dans les classes de primaire et de collège dès la rentrée 2022.

Aventure épistolaire pour éduquer aux médias
L’aventure d’éducation aux médias pour les écoles « Les apprentis journalistes »

2022 : Passer de 5 mille € à 1 Million d’€ en 24h

Sortis du Covid, nous devons également rembourser d’importants montants aux banques. Espérant rencontrer prochainement un succès avec nos cartes à collectionner, la société est placée en mandat Ad Hoc pour nous permettre de redresser les chiffres puis de reprendre ces remboursements. La nouvelle histoire est prête, le jeu de carte est prêt, mais des mois sont passés, nous n’avons toujours pas de distributeur pour les cartes et la trésorerie fond à vue d’œil. Il nous faut absolument une nouvelle entrée d’argent. 

L’équipe commence déjà à se demander s’il ne faudrait pas couper les formules d’abonnements des clients pour garantir que nous pourrons délivrer tout ce qui sera acheté avant notre fermeture définitive. Cependant, agir ainsi serait un suicide industriel car chaque euro peut encore faire la différence. En effet, à l’été 2022, la situation est critique : nous n’avons plus que 5 000€ sur les comptes et nous ne pourrons plus payer les prochains salaires ni même les prochaines factures. Pressés par le temps, c’est à ce moment que nous réussissons enfin à signer un contrat de vente avec un grand distributeur européen pour nos cartes à collectionner. Le contrat est assorti du paiement d’une  avance d’un million d’euros qui nous permet de renflouer la caisse et de sauver Epopia. Youpi !

Notre premier jeu de carte à collectionner sous licence

Ce premier contrat signé se chiffre à plusieurs millions d’euros, nous permettant de battre notre record de C.A. Il est également accompagné de promesses de bien d’autres contrats du même genre à travers le monde, nous garantissant un avenir radieux et les moyens concrets de diffuser enfin Epopia à plus large échelle, ce qui demeure notre objectif principal.

Mais comme vous vous en doutez, rien ne fonctionne vraiment comme prévu. En effet, au moment de signer ce contrat, notre studio international, qui sert d’intermédiaire avec le distributeur, ajoute une clause exigeant près de la moitié des parts de la société et donc une majorité absolue dans notre capital pour pouvoir bénéficier de la licence et signer le contrat. Nous n’avons alors plus d’autres solution que d’accepter, réduisant les associés fondateurs et les investisseurs historiques à peau de chagrin. Et à peine cette cession de l’entreprise signée, il nous annonce finalement que le marché du jeu est tendu, que les magasins ne prennent plus de nouvelle marchandises et que, finalement, il n’y aura plus d’autres contrats de carte par la suite. Tous nos plans de croissance s’effondrent et nous ne sommes plus vraiment maîtres du destin d’Epopia.

2023 : Des associés et des avocats

Fin 2022, notre studio actionnaire devenu majoritaire impulse une nouvelle dynamique entraînant une refonte du site, la révision du concept d’Epopia, de sa présentation marketing et des supports utilisés. Tout est remis en question pour essayer de rendre Epopia plus “mass market” et relancer économiquement l’activité. Et, cerise sur le gâteau, on nous annonce un contrôle fiscal. Dans cette phase délicate, les relations entre l’équipe qui doit exécuter et l’actionnaire qui multiplie les consignes se tendent rapidement. A son initiative, des entrepreneurs chevronnés font leur apparition pour nous conseiller sur la marche à suivre afin de redresser l’activité et même un dirigeant très connu des milieux financiers se pencha sur notre dossier et est pressenti pour investir dans la société puis en prendre, à terme, la présidence.

Début 2023, sous l’impulsion de cette “task force”, un nouveau site est mis en chantier via une agence renommée et de nouvelles campagnes sont réalisées par deux grandes agences marketing à succès. Au milieu de ces gros dossiers, nous obtenons finalement l’autorisation de mettre en chantier une nouvelle version améliorée d’Epopia, imaginée par l’équipe et se présentant sous un format BOX avec un niveau de personnalisation amélioré. 

Les mois passent, l’équipe est sans cesse chamboulée dans ses priorités, souvent contredite dans ses choix par ces conseillers, mais nous avançons et nous exécutons, tous concentrés vers la recherche d’une solution pour faire remonter nos chiffres. Cependant, quels que soient les efforts entrepris et la pertinence des conseils reçus, rien ne fonctionne comme prévu, les chiffres ne repartent désespérément pas à la hausse et personne n’arrive à expliquer la raison de cette chute inexorable. Dans cette situation, la task force se délite et les espoirs d’une nouvelle levée de fonds disparaissent.

Extrait des prévisions de la task Force en avril 2023

Le contrôle fiscal s’achève sur une validation de notre comptabilité (Youpi !) mais a hélas retardé des crédits d’impôts qui nous font défaut. En désespoir de cause, alors qu’à nouveau les comptes sont dans le rouge et  que l’on voit la fin se profiler à court terme, le tribunal place l’entreprise en procédure de Sauvegarde, gelant ainsi nos dettes passées, ce qui impacte principalement notre activité de carte qui semblait sans lendemain. Cette décision inéluctable entraîne un véritable séisme chez notre actionnaire principal qui s’oppose à ce choix de toutes ses forces et contre tout bon sens. De plus, la fermeture de nos comptes en banque, le gel des factures passées et la coupure de nombreux services numériques engendrent un chaos considérable dans la société où toute l’équipe est toujours concentrée vers son plan pour sortir du marasme : nouveau produit, nouveau business model et commercialisation en direct des cartes.  

A partir de là, les rendez-vous au tribunal rythmèrent la vie de la société, se demandant à chaque fois si nous pourrions poursuivre l’activité ou pas. Un client important refuse de nous payer une très grosse facture, des tergiversations juridiques retardent le lancement d’Epopia Max,… Le nombre d’avocats nous assistant augmente rapidement car chaque sujet devient une bataille nécessitant davantage d’énergie pour la surmonter. Une fois la rentrée scolaire 2023 passée sans nouvelle commande de carte, le tribunal fait évoluer notre procédure collective en Redressement Judiciaire. Nous pouvons poursuivre nos efforts en commercialisant notre nouveau produit au format Box pour remonter nos chiffres, mais nous devons également rechercher un repreneur pour l’activité d’Epopia afin de garantir sa poursuite dans la durée.

Décision de redressement Judiciaire
(pas la vrai photo car c’était à huis clos)

En 2024, est-ce que cette fois c’est la fin ?

Octobre 2023, nous décidons alors de couper les ventes des abonnements aux écoles afin de nous assurer que chaque classe démarrant une aventure réussira à la mener à son terme avant notre prochain rendez-vous au tribunal. Nous arrêtons également de vendre des abonnements annuels, ne sachant pas si nous pourrons tenir nos engagements aussi longtemps. Enfin, dans ce contexte, alors que la situation du commerce international et de l’inflation explose, notamment suite à la guerre Ukraine/Russie puis Israël/Hamas, nous réussissons in extremis à sortir notre nouveau produit pour Noël : Epopia MAX. Deux nouvelles aventures et des améliorations à tous les niveaux pour amener Epopia vers une forme beaucoup plus mature et grand public.

Sortie des boxes Epopia MAX

Jusqu’au dernier moment, nous nous demandons si nous devons poursuivre nos ventes ou les stopper. De quoi demain sera fait ? Et si la société s’arrête, combien de clients en pâtiront ? Mais tout arrêter n’est pas une option. En effet, nous devons chercher un repreneur et arrêter prématurément l’activité reviendrait à saboter un outil industriel que nous sommes au contraire chargé de maintenir pour sauver Epopia, pour sauvegarder des emplois mais également pour permettre aux enfants abonnés de poursuivre leurs aventures magiques. Des annonces sont publiées dans de grands journaux nationaux, et nous contactons également tous nos anciens partenaires afin de partager notre dossier de reprise. Plusieurs réponses et rendez-vous nous permettent d’entrevoir la possibilité d’une continuation et il nous faut dès-lors maintenir le service en ce sens jusqu’à l’obtention de la décision finale du tribunal qui ne devrait tomber que début 2024.

Passé Noël, suite à la livraison de tous les produits achetés, nous poursuivons l’envoi des réponses aux enfants, mais, avec l’accord de l’administrateur judiciaire, nous suspendons la vente de nouveaux abonnements dans l’attente de la décision du tribunal. Si l’activité est reprise, tout pourra reprendre son cours normalement et sans accroc. Dans le cas contraire, nous tenons à nous préparer au pire pour accompagner nos clients : toutes les récurrences et les ventes d’abonnement ayant été arrêtées, nous ne pouvons plus nous engager sur des produits que nous ne pourrons pas livrer. Concernant nos clients actuels, pour chacun d’entre eux, nous imaginons une fin à leur aventure, fin qui pourra leur être transmise dès la confirmation de l’arrêt afin que chaque enfant puisse découvrir les péripéties restante et connaître le dénouement de son aventure sans se rendre compte que tout s’est effondré de notre côté.

Le message d’une gentille cliente reçu cette semaine

Nous  continuons également de lutter sur le plan juridique afin de récupérer cette importante créance client qui nous permettrait notamment de proposer une fin plus qualitative aux clients, mais les différentes étapes juridiques se poursuivent et nous savons déjà que l’argent ne pourra pas être encaissé avant février ou mars 2024. Nos caisses à nous sont déjà quasiment vides, nous ne pouvons donc pas proposer tout ce que nous avons prévu pour les enfants et nous ne sommes même plus certain de pouvoir payer à l’équipe les salaires de décembre. Nous coupons toutes les dépenses et nous essayons malgré tout de faire de notre mieux pour laisser le moins de personnes possible sur le carreau et avec des montants les plus minimes possibles.

 

Le lundi 15 janvier 2024, jour annoncé comme le plus déprimant de l’année par la presse, le tribunal de Strasbourg ordonne la liquidation judiciaire de la société CréaLettres et signe ainsi la fin d’Epopia. Finalement, aucune entreprise ne reprendra l’activité. Ce sera effectivement bien le jour le plus déprimant de l’année.

 

En quelques chiffres, voici l’état de la société lors de sa mise en liquidation :

 

– Durée de vie d’Epopia : 10 ans 

– Nombre d’enfants aventuriers: environ 129 716

– Nombre de courriers échangés : 637 079

– Nombre de clients actifs impactés par la fermeture : 1 401 clients

– Dette client moyenne : environ 43 €

Tout ça pour ça ?

La nouvelle est toute fraîche, pas encore vraiment digérée mais, par cet article, ma volonté est d’être le plus transparent possible envers vous tous, clients, partenaires, soutiens et amis. La vie d’Epopia aura été un long combat, parfois couronné de succès merveilleux et trop souvent ponctué d’échecs cuisants. Nous avons, au cours de ces 10 années, fait évoluer le produit dans toutes les directions possibles, nous avons exploré tous les canaux de communication existants et nous avons usé de tous les moyens de financement disponibles pour poursuivre cette aventure contre vents et marées. Malgré ces efforts intenses et toute l’énergie que cela à coûté à notre belle équipe, il m’est nécessaire de reconnaître aujourd’hui notre impossibilité à poursuivre ce projet. Je suis profondément peiné pour tous ceux que cet arrêt impactera et, clients, partenaires ou soutiens financiers, je veux vous assurer que nous avons tout mis en œuvre pour être à la hauteur de vos attentes et de votre confiance.

Les lutins d’Epopia à Noël 2021

Pourquoi cela n’a pas marché ? Vaste question. Je n’aurais pas à écrire cet article si je connaissais la réponse. A ce stade, je ne peux que conjecturer des hypothèses : 

  • Un produit génial mais trop complexe à expliquer et à faire fonctionner à un tarif raisonnable ?
  • Un produit très utile mais qui ne répond pas directement à un besoin évident et n’intéresse donc qu’une trop petite part du marché ?
  • Un produit parfait pour les parents d’il y a 10 ans, mais en trop fort décalage avec les attentes des parents actuels ?
  • Une saturation des canaux de communications numériques qui avaient fait notre succès et un échec à identifier un nouveau canal efficace pour atteindre notre clientèle cible ?
  • Une crise COVID suivie d’une crise économique, d’une inflation galopante, d’une tension des chaînes d’approvisionnement et d’une crise énergétique qui augmente nos coûts, met en difficulté de nombreuses familles, réduit la taille de notre marché et annihile tous nos efforts de redressement ? 
  • … ou peut-être un peu de tout cela mélangé à différentes doses ?
Quelques témoignages clients

Quoi qu’il en soit, nous laissons derrière nous un héritage : des milliers d’enfants qui ont vécu nos aventures extraordinaires, que nous avons aidé à grandir, à prendre confiance en eux, à entrer en lecture et en écriture et que nous avons fait rêver. Les centaines de milliers de courriers écrits et dessinés par les enfants, les retours touchants des clients ravis, les messages de remerciement chaleureux et les témoignages de la magie qu’a pu apporter Epopia dans la vie de nombreux enfants sont autant de petite pierres précieuses qu’Epopia a semé dans la société et qui, je l’espère, porteront un jour de beaux fruits endiamantés. 

Chaque enfant que nous avons sorti de son isolement, à qui nous avons fait ressentir qu’il en était capable, que nous avons aidé à traverser une période compliquée ou chez qui nous avons réussi à allumer l’envie de lire, d’écrire et de progresser est un paiement au centuple des efforts que nous avons déployé ces dix dernières années et qui auront à l’avenir des répercussions encore inconnues. Et qui sait, peut-être un jour, un de ces enfants, inspiré et devenu grand, offrira une suite inattendue à cette belle aventure ?

Epopia, le jeu qui donne envie de lire aux 5-10 ans !

Epopia fait lire et écrire les enfants du CP au CM2, à travers des aventures par correspondance postale, dont ils sont les héros ! Partagez le goût de l’écriture et de la lecture avec votre enfant et vivez ensemble une histoire formidable !

Je découvre Epopia !

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